SMR Interview Series: Romuald Peiser, Goalkeeper

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Interview by Theo Gauthier

Le Fury d’Ottawa vient tout juste de conclure sa deuxième saison régulière, une saison couronnée de succès, qui verra l’effectif de Marc Dos Santos participer au championnat de la NASL pour la première fois. Au coeur de cette réussite, on retrouve le gardien français Romuald Peiser qui, avec son nombre record de blanchissages (14), a assuré la qualité défensive du club.

Après avoir évolué durant la majorité de sa carrière en Europe, une trajectoire qui l’a amené du Paris St-Germain, dans ses années de formation, jusqu’au championnat de Ligue 1 du Portugal avec Naval et Academica, Peiser s’est lancé dans l’aventure “Américaine” pour venir mettre un point d’exclamation sur son curriculum vitae.

J’ai eu le plaisir de m’entretenir avec lui, puis nous avons fait une retrospective de sa carrière.

Théo Gauthier: T’es né en Lorraine?

Romuald Peiser: Oui, à Phalsbourg. Toute ma famille vient de là-bas, que ce soit du côté de mon père ou de ma mère. J’ai grandi là-bas. Du côté de mon père, c’est une famille de mineurs. Du côté de ma mère, c’est une famille polonaise qui est venue pendant la Seconde Guerre mondiale. Je suis vraiment un produit lorrain, mais je n’ai pas vécu beaucoup là-bas, parce qu’après on a vécu en Allemagne. Mon père étant militaire, on a habité dans une caserne française en Allemagne.

TG: À quel âge es-tu arrivé au Paris St-Germain?

RP: J’avais 10 ans.

TG: 10 ans? Ça dut être une belle expérience? Ou peut-être que non!

RP: Non, non, c’était super! J’ai passé de belles années là-bas, c’était la première fois que je jouais dans un club professionnel. Avant je jouais un petit peu comme ça, genre un entrainement par semaine et après un match de temps en temps. Avec le PSG ça a commencé tout de suite: j’ai joué pour les équipes régionales, les équipes de France, tu rentres au centre de formation, tu quittes ta famille pour pouvoir t’entrainer tous les jours. Tu vas jouer contre les autres équipes pros et tu voyages beaucoup. Ça m’a permis de grandir.

TG: Est-ce que (le centre de développement de l’équipe de France) Clairefontaine fut une possibilité pour toi?

RP: Oui, j’aurais pu y aller. Je me suis fait sélectionner pour le programme à Clairefontaine. Il y avait Nicolas Anelka, avec qui je jouais, qui y était. En fait toute la semaine tu t’entraînais à Clairefontaine, puis le weekend tu retournais jouer dans ton club. C’était pour les 15 et 17 ans. Étant déjà au PSG dans leur centre de formation, ils ont dit “Tu peux choisir et faire ce que tu veux”. Moi je trouvais ça ridicule d’y aller alors que j’avais de l’école sur place, j’avais déjà passé deux ans là-bas et ça ne m’intéressait pas plus que ça. Mais oui, je suis de la génération Anelka, Thierry Henry, David Trézéguet.

TG: À l’oeil nu, il est difficile pour certains de voir les qualités qui distinguent un bon joueur d’un joueur élite. Sans vouloir t’insulter bien sûr, quelle est la différence entre un Romuald Peiser et, disons, Fabien Barthez?

RP: La réponse est simple. Un joueur comme Barthez sur 100 matchs, il va faire 98 bons matchs et il va répéter l’effort à n’importe quel niveau. Moi c’est clair que dans certains moments je n’ai pas été capable de répéter l’effort à certains niveaux. Après ça je ne le sais pas. Je n’ai jamais joué en Champions League, mais j’ai joué en Ligue 1 au Portugal. Ensuite, ça devient une question d’opportunités, de travail. C’est toujours une question de travail et de mentalité. Il y a en qui ont des qualités innées aussi. Moi, je peux travailler autant que je veux, je ne serai jamais aussi fort qu’un Buffon, par exemple. Il y a des joueurs qui ont de l’instinct, des joueurs top, comme les Messi et Ronaldo et tout ça, ils ont quelque chose en plus. C’est comme ça; il faut l’accepter.

TG: Après le PSG, tu t’es retrouvé au Bayer Leverkusen en Allemagne…

RP: Oui, j’ai terminé ma formation là-bas à l’âge de 15 ou 16 ans. Après j’ai fait quelque années en pro là-bas, j’ai été prêté pour un an. Ensuite, je suis allé en Suisse, dans une équipe de ligue 2 (FC Vaduz) où on a gagné le championnat. Ça m’a permis de jouer la coupe d’Europe pour la première fois. vu qu’ils s’étaient qualifié l’année précédente pour jouer contre une équipe écossaise (Livingston). Pour moi c’était vraiment bien, puisque ça m’a permis de découvrir la coupe d’Europe et de gagner le titre de Ligue 2.a

Ensuite, je suis allé au Rapid de Bucharest. Ça ne s’est pas très bien passé, c’était une période un peu bizarre. On a raté la qualification pour la Champions League, puis le président était pas trop content, donc je suis rentré en France à la mi-saison et j’ai terminé la saison à Boisy, dans l’équivalent de la quatrième division en France. C’était un niveau amateur, mais il était surtout question de me garder en forme. J’ai bien performé, ce qui m’a permis de rebondir tout de suite en Ligue 2, à Troyes. Lors de ma première saison, on remonte en Ligue 1. Je n’ai pas joué en Ligue 1, puisqu’il y avait Ronan Le Crom, un superbe gardien devant moi, plus fort que moi, il faut savoir l’admettre. Il a joué et ça a bien été.

L’année suivante, je retourne en Ligue 2 avec Gueugnon, puis je suis sélectionné comme le meilleur gardien de Ligue 2. Deux très bonnes années sur le plan personnel à Gueugnon qui ont mené à une proposition de Reims et, à ce moment-là, il y a aussi un club portugais qui m’appelle pour jouer en Ligue 1 portugaise. J’avais déjà fait un peu le tour de la France alors je me suis dit “Pourquoi pas le Portugal?” C’est un pays vraiment fanatique. Je suis allé deux ans à Naval – superbe. C’est un petit club familial, mais vraiment très bien. J’ai fait deux bonnes saisons, ce qui m’a permis d’aller dans un club historique, L’Academica de Coimbra. Pas un des trois gros clubs, mais un club avec une grande tradition. Ça s’est bien passé – on a gagné une coupe et j’ai fait de bonnes saisons.

TG: C’est là que tu as rencontré (l’entraineur-chef du Fury) Marc Dos Santos?

RP: Oui, par hasard dans une boulangerie au Portugal. Il était avec un joueur que je connais donc je l’ai salué puis il nous a présentés en disant “Tiens, c’est Marc Dos Santos, il vient du Canada!”. Alors on s’assoit, on discute, rien de concret puisqu’à ce moment je joue en Ligue 1 au Portugal, je suis loin de jouer en deuxième division en Amérique du Nord, mais le courant passe très bien avec Marc.

Six mois plus tard, je suis en train de renégocier mon contrat avec l’Academica, j’ai d’autres clubs qui me veulent. J’étais dans le bureau de mon agent, et Marc appelle mon agent, mais pour un autre joueur, mais moi je dis: “Vas-y, demande-lui s’il a besoin d’un gardien!”. Marc répond que “Non, pas forcément”, mais mon agent lui dit “Mais tu pourrais peut-être avoir Romuald”. Marc à ce moment dit “Bien bon vas-y on le fait!”. C’est vraiment comme ça que ça s’est passé! Comme quoi le hasard fait bien les choses.

TG: Ton impression du foot au Canada lors de ta conversation avec Dos Santos dans la boulangerie portugaise, et avant de te pointer vers Ottawa, c’était quoi?

RP: Mon impression c’était que plusieurs fois dans ma carrière j’ai été approché par la MLS, mais ça ne m’a pas plus intéressé que ça. Ça avait l’air d’un championnat pas mal, mais je jouais à l’époque en Europe dans de gros club, en France, puis au Portugal, j’avais un salaire convenable et je n’aurais pas forcément gagné plus d’argent en MLS.

En parlant avec Marc, j’ai vu que c’était un coach qui venait de l’Europe et que les entraînements et tout ça allaient être bien. Il m’a expliqué un peu plus et ça m’a enlevé beaucoup de ces préjugés que les footballeurs entretiennent (envers l’Amérique du Nord). On se rend compte en venant en NASL que le niveau est très bon. C’est un championnat très compétitif. Il y a peut être des erreurs techniques qu’on ne voit pas en Europe, mais il y a beaucoup plus d’engagements, il y a beaucoup plus de passion sur le terrain, beaucoup de fierté par rapport aux matchs européens. C’est vraiment comparable au championnat anglais ou au championnat allemand où j’ai évolué. Cela a rien à voir avec les championnats latins. Les nombreux voyages rapproche l’équipe. C’est une autre mentalité et je dois avouer que j’y prends beaucoup de plaisir.

TG: Et depuis, tu trouves ça comment à Ottawa?

RP: Sur le plan sportif, disons que le Fury d’Ottawa c’est très bien. Je m’amuse sur le terrain. Dans le vestiaire, il y a une très bonne ambiance, on vit quelque chose d’exceptionnel. On a le plus petit budget de la ligue et nous nous sommes qualifiés pour les séries. C’est un peu comme un film de Walt Disney, où on voit une équipe moyenne en début de saison, on sait qu’elle a certaines qualités, mais ça ne marche pas. Après, il y a cette fameuse discussion qu’on voit dans les films, celle-ci a eu lieu à Edmonton après notre défaite de 3-1 en  coupe des Voyageurs. Le jour d’après on a beaucoup discuté et on s’est retroussé les manches et à partir de là, bien voilà, c’est là que la vraie histoire a commencé.

Je pense que, pour l’instant, on ne s’en rend pas compte. C’est vraiment exceptionnel de ne pas perdre dans cette ligue [seulement une défaite depuis le 9 mai], partir de la dernière place pour presque finir premiers. C’est quelque chose de formidable.

TG: Est-ce que tes anciens collègues te demandent c’est comment ici?

RP: Ah oui, constamment! Il y a beaucoup de monde qui veut venir maintenant. La perception a beaucoup changé, on le voit maintenant par rapport à la MLS. Il y a aussi le fait que Raúl soit au New York Cosmos et il y a beaucoup de bons joueurs qui signent dans cette ligue. Honnêtement, c’est une ligue qui est très compétitive et très intéressante à regarder.

TG: Et tu vois ta carrière continuer au-delà de cette année?

RP: Oui. Là nous sommes en discussions avec le Fury, on a eu une bonne approche, eux ils me proposent quelque chose de sympa, et moi aussi je vais un peu à leur rencontre et je n’ai pas demandé d’augmentation (en riant), j’aimerais bien jouer un an, deux ans, trois ans, quatre ans je ne sais pas. Je pense encore au moins deux belles années, puis voir comment je me sens. Les parties discutent pour un contrat de deux ans, j’espère que ça va se faire rapidement. J’aimerais bien continuer avec le Fury, mais si ce n’est pas ici je continuerai ailleurs.

TG: L’après-carrière, tu te lances en coaching?

RP: Ouais.

TG: Est-ce que tu avais ça en tête lorsque tu t’es pointé au Canada?

RP: Oui, oui. C’est ce que Marc m’avait dit. Ce que le Fury me propose, justement, c’est de commencer mes certifications de coaching pour le Canada. Je forme les jeunes de l’académie ça fait déjà un an, j’essaie d’y venir autant que possible. C’est pas toujours facile quand on a deux ou trois matchs rapprochés, mais en moyenne j’assiste à deux ou trois sessions par semaine. Donc j’essaie de redonner le savoir que j’ai, parce que je connais le championnat américain, portugais, j’ai été formé en France et en Allemagne. Donc j’ai un bon bagage et crois que je peux vraiment apporter quelque chose. Pour le Fury, pour moi, ce serait la prochaine étape. Je ne sais pas dans quelle position, ou quoi que ce soit, deux ans dans le fond c’est énorme (rires)! Alors voilà, je vais prendre mes diplômes et voir ce qui en est.

TG: As-tu eu la chance de constater le niveau du développement du sport au Canada, et de comparer à ce que tu as vu en Europe?

RP: Au Canada il n’y a pas beaucoup d’équipes professionnelles, c’est sûr et certain. Ici au Fury l’académie vient de commencer cette année, je pense qu’ils offrent un environnement exceptionnel, c’est une grande différence avec les clubs communautaires. Quand je vois les jeunes des équipes junior et sénior de l’académie qui s’entraînent ici au stade, c’est vraiment quelque chose de bien. Nous avons déjà deux ou trois jeunes qui s’entraînent avec la première équipe, quelque chose qui est normal en Europe, mais qui est spécial ici au Canada.

Ici, le fonctionnement est au niveau des écoles secondaires, des collèges et des clubs communautaires. C’est deux mondes totalement différents. Je ne suis pas fan qu’un jeune commence sa carrière professionnelle à 23 ou 24 ans, ça fait tard. Je pense que la pression au niveau professionnel est beaucoup plus grande. Je pense qu’un jeune comme Mauro Eustaquio, qui a déjà deux saisons au niveau professionnel, est beaucoup plus évolué que des jeunes qui sont allés au lycée ou à l’université en vue d’être repêchés par des clubs de la MLS.

TG: On dit quoi de ta carrière, une fois terminée?

RP: Je pense que j’ai fait une belle carrière. 300 matchs en Europe c’est pas si mal! Je suis passé, en l’espace de 6 mois, de la division 4 en France à la division 1. Après j’ai dû aller en Ligue 2 et je suis sélectionné meilleur gardien. Ensuite, une belle carrière au Portugal…

Ce qu’il faut, c’est d’arriver à la fin de ta carrière et ne pas avoir de regrets. Moi, je ne pense avoir beaucoup de regrets, par ce que j’aurai réussi à m’imposer dans plusieurs championnats et à laisser une bonne empreinte.



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